Pourquoi y a-t-il autant de champs avec des cactus à Lanzarote ? et le Musée de la cochenille

Si vous avez vu des images de Lanzarote, que ce soit des photos ou des vidéos, vous avez probablement vu ce qui ressemble à des champs avec des cactus et vous vous êtes probablement demandé pourquoi planter des cactus ? Qu’est ce qu’on en fait ?

Champ de cactus près de Mala, Lanzarote
Champ de cactus près de Mala, Lanzarote

Ces plantations sont très présentes dans le nord de l’île, surtout de côté de Mala et Guatiza. Elles n’ont pas été faites pour plaire aux touristes par ce qu’un Jardin de Cactus existe à Guatiza. En fait ce jardin de Cactus a été créé par César Manrique en 1990 à Guatiza en l’honneur de cette plante importante dans l’histoire récente de la région.

Champ de cactus près de Mala, Lanzarote
Champ de cactus près de Mala, Lanzarote

Champs de cactus

Ces plantations de cactus, principalement des figuiers de barbarie (Opuntia ficus-indica), sont apparues dans les années 1700 en Espagne continentale et aux Canaries. On reconnaît assez facilement ce cactus avec ses fleurs de couleur jaune ou orange. Autre élément distinctif, les tiges (les cladotes) qui sont de formes aplaties comportent des épines qui servent à protéger la plante des prédateurs. Le fruit, la figue de barbarie, est couverte de minuscules épines, mais elle est comestible et peut être utilisée pour faire des jus ou de la confiture par exemple.

détails de la fleur du figuier de barbarie, un cactus commun à Lanzarote car il est utilisé pour élever des cochenilles pour faire du colorant.
détails de la fleur du figuier de barbarie, un cactus commun à Lanzarote car il est utilisé pour élever des cochenilles pour faire du colorant.

Élevage de cochenille

Mais ce n’est pas pour ses fleurs ou ses fruits que ce cactus originaire du Mexique et d’Amérique du sud a été utilisé ici. A Lanzarote on l’utilise depuis 1835 principalement pour élever des cochenilles. La cochenille est un insecte qui colonise ou infeste le cactus et dont les femelles fécondées sont utilisées pour fabriquer un colorant. Après la ponte les femelles sont ramassées puis séchées. Il faut environ 150 000 insectes pour obtenir 1 Kg de cochenilles séchées. On en extrait ensuite de l’acide carminique qui donne le rouge carmin. Le petit nom du rouge carmin est le E120.

Des larves de cochenille sur les feuilles d'un figuier de barbarie à Mala, Lanzarote. La cochenille est utilisée pour produire du rouge carmin naturel.
Des larves de cochenille sur les feuilles d’un figuier de barbarie à Mala, Lanzarote. La cochenille est utilisée pour produire du rouge carmin naturel.

Le rouge carmin, la couleur des puissants

Cette couleur était très appréciée par les puissants de différents pays au Moyen Âge, que ce soit les rois, les cardinaux, les militaires de haut rang, … Mais elle a aussi été utilisée par les artisans et artistes durant de nombreux siècles.

Des larves de cochenille sur les feuilles d'un figuier de barbarie à Mala, Lanzarote. La cochenille est utilisée pour produire du rouge carmin naturel.
Des larves de cochenille sur les feuilles d’un figuier de barbarie à Mala, Lanzarote. La cochenille est utilisée pour produire du rouge carmin naturel.

C’est vers 1840 que la région de Mala et Guatiza s’est spécialisée dans la cochenille et avec l’arrivée des engrais quelques années plus tard, c’est en 1853 que la meilleure récole a été enregistrée à Lanzarote.



Dans les années 1870, la production de cochenille aux Canaries représentait 75 % de la production mondiale avec une production de 6 000 tonnes. Par après avec l’avènement des colorants artificiels la production a fortement diminué au point de presque disparaître dans les années 50.

Une tige de figuier de barbarie infesté par la cochenille. C'est un cactus commun à Lanzarote car il est utilisé pour élever des cochenilles dont on va faire du colorant.
Une tige de figuier de barbarie infesté par la cochenille. C’est un cactus commun à Lanzarote car il est utilisé pour élever des cochenilles dont on va faire du colorant.

Une production relancée

Depuis le milieu des années 80, plusieurs producteurs ont relancé une production locale de cochenilles. Ils stockent la marchandise en attendant que les prix soit acceptable. Certaines années le prix atteint les 12 € le kilo ce qui est bas, mais en 2010, environ 19 tonnes ont été vendues au prix de 50 € le Kg. Les ramasseurs de cochenille de l’île disent que sur une vie ils vendent 3 récoltes de cochenille.

La mise en place d’une appellation d’origine « Cochenille des Canaries » en 2016 est un encouragement à la perpétuation de cette culture (ou élevage?) traditionnel.

Centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l'île de Lanzarote, Canaries le 14/11/2019. Photo : Frédéric de Laminne
Centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l’île de Lanzarote, Canaries le 14/11/2019. Photo : Frédéric de Laminne

De nos jours la cochenille est toujours utilisée comme teinture pour le textile de luxe. En tant que colorant naturel on l’utilise aussi dans les cosmétiques, dans le domaine de la pharmacie ou dans l’industrie alimentaire.

Centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l'île de Lanzarote, Canaries le 14/11/2019. Photo : Frédéric de Laminne
Centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l’île de Lanzarote, Canaries le 14/11/2019. Photo : Frédéric de Laminne

Musée de la cochenille

Le village de Mala, à quelques kilomètres du Jardin de Cactus héberge depuis 2018 un petit musée ou centre d’interprétation de la cochenille. Il n’est pas très grand mais permet d’en apprendre plus au sujet de cet élevage particulier et de la transformation en colorant.
S’il ne faut pas venir à Lanzarote pour voir ce musée, ça serait vraiment dommage de visiter le Jardin de Cactus de Guatiza à quelques kilomètres et de ne pas s’y arrêter ici.

Totem du Centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l'île de Lanzarote, Canaries le 14/11/2019. Photo : Frédéric de Laminne
Totem du Centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l’île de Lanzarote, Canaries le 14/11/2019. Photo : Frédéric de Laminne

Les panneaux explicatifs aux murs sont en anglais, allemand et espagnol mais à l’entrée dans un présentoir on trouve des dépliants explicatifs en français. Comptez une demi-heure environ pour faire le tour du musée.

Centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l'île de Lanzarote, Canaries le 14/11/2019. Photo : Frédéric de Laminne
Centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l’île de Lanzarote, Canaries le 14/11/2019. Photo : Frédéric de Laminne

Deux promenades sur le thème de la cochenille

A la fin du parcours dans le musée, on trouve au mur deux propositions de promenades sur le thème des cactus et de la cochenille. L’une d’entre elle vous emmène faire un tour dans le village de Mala et passe entre autres près d’un autre jardin de cactus. Loin des touristes ce jardin privé qui s’observe depuis la route comporte quelques spécimens de cactus impressionnants. Comptez environ 2 Km.

L’autre itinéraire vous emmène vers le Jardin de Cactus de Manrique à Guatiza. Rapidement on quitte la route pour emprunter un petit chemin entre les champs (cactus et autres), on passe à proximité d’une carrière de ‘rofe’ et près d’un al jibe, une citerne à eau de pluie avant d’arriver au Jardin de Cactus. Cette promenade fait environ 4 Km aller et retour.

Les 2 promenades qu'il est possible de faire depuis le centre d'interprétation de la Cochenille (Mala) sur l'île de Lanzarote, Canaries.
Les 2 promenades qu’il est possible de faire depuis le centre d’interprétation de la Cochenille (Mala) sur l’île de Lanzarote, Canaries.

Le musée de la cochenille – en pratique

Heures d’ouverture : 10h30 – 18h
Prix : gratuit
Adresse : Calle Villa Nueva, 42, 35543 Mala.
En venant de Guatiza direction Mala, le centre se trouve sur la gauche à peu près en face du centre de santé.
Facilités : vaste parking, WC, accès PMR, petite boutique à la sortie.
Facebook : https://www.facebook.com/cochinilla.lanzaloe/

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