La route de Tremesana : à pied dans le parc de Timanfaya

Il y a quelques jours j’ai refait la « Route de Tremesana » dans le parc national de Timanfaya. C’est à ma connaissance la seule randonnée qui permet de pénétrer, à pied et légalement, dans la zone protégée du parc de Timanfaya à proximité des Montañas del Fuego. Et en plus c’est gratuit.

Un groupe de marcheurs sur le chemin de la Randonnée de Tremesana rdans le parc national de Timanfya.
Un groupe de marcheurs sur le chemin de la Randonnée de Tremesana rdans le parc national de Timanfaya.

A Lanzarote, c’est probablement la randonnée la plus difficile à faire. Oh pas d’un point de vue technique, car elle ne fait que trois kilomètres et demi et le dénivelé est d’environ 100 mètres. Mais par ce qu’elle n’est accessible que sur réservation et il n’y a que 8 places par jour en Anglais et en Espagnol et encore uniquement certains jours de la semaine. Autrement dit, les rares places sont donc prises d’assaut dès qu’elles sont annoncées.

Parcours rando Tremesana
Parcours rando Tremesana

Comment réserver sa place pour Tremesana ?

Pour (tenter de) réserver sa place il faut passer par le site de réservation des Parcs nationaux : https://www.reservasparquesnacionales.es/real/ParquesNac/usu/html/listado-actividades-oapn.aspx?cen=6

Les dates disponibles sont généralement annoncées environ 1 mois à l’avance. Autrement dit si vous prévoyez d’être à Lanzarote début février, il faut commencer à surveiller les disponibilités à partir de mi-décembre. D’autant plus que le site semble parfois capricieux. Il montre qu’il y a des places disponibles pour certaines dates mais lorsqu’on sélectionne une date rien ne se passe.

Anglais ou Espagnol

Il est nécessaire de connaître / bien comprendre la langue dans laquelle le tour est donné (anglais ou espagnol) et le jour même le guide le vérifie rapidement. C’est bien entendu pour que l’on comprenne bien ses explications mais aussi pour éviter que certains ne fassent la traduction simultanée pour un ami qui ne comprends pas la langue. J’ai eu le cas la fois précédente, c’est assez désagréable en fait.

Une fois la réservation effectuée, on reçoit par email une confirmation avec l’heure et le lieu de rendez-vous (souvent la place de l’église à Yaiza). Ce mail contient également un numéro de permis et un code qui permettent d’accéder à la réservation sur le site.



Comme indiqué dans le mail de confirmation il faut des chaussures fermées. En effet si le parcours n’est pas difficile, la plupart du parcours se déroulant sur un chemin de gravillons volcaniques, à certains endroits la roche peut être coupante.

Rando Tremesana randonnée guidée dans le parc national de Timanfaya.
Rando Tremesana randonnée guidée dans le parc national de Timanfaya .

Le jour J

Dans mon cas le rendez-vous était fixé à 9h30 à la plaza de Los Romedios qui se trouve devant l’église de Yaiza. Quelques minutes avant l’heure prévue nous sommes une quinzaine de personnes à attendre. Quelques minutes plus tard, deux minis bus aux couleurs du parc arrivent et se garent sur le parking qui jouxte la place. Les choses sérieuses vont pouvoir commencer.

Un guide rassemble les participants pour la rando en anglais et l’autre pour celle en espagnol. Dans le groupe en anglais nous sommes trois Belges, deux Suisses et trois Allemands.

Le guide vérifie que l’on soit bien inscrit, que l’on comprenne la langue et que le numéro de passeport ou carte d’identité est correct. Puis il faut lire les petites mises en garde habituelles avant de signer le document pour accord. Une fois ces formalités accomplies il est ensuite l’heure de prendre place dans les minibus beiges.

Un des minibus du parc national de Timanfaya utilisé pour prendre le départ de la marche de Tremesana.
Un des minibus du parc national de Timanfaya utilisé pour prendre le départ de la marche de Tremesana.

Comme il y a deux groupes, chaque groupe part d’un côté opposé de la randonnée. Lorsque l’on va se croiser les guides vont s’échanger les clés ce qui nous permettra de revenir à l’église de Yaiza. Il semble que lorsqu’il n’y a qu’un seul groupe qui s’élance, la balade est alors circulaire et on revient à son point de départ.

Notre groupe a pris la route vers El Golfo par la LZ704 pour une dizaine de minutes de route avant d’entrer dans le parc. Après environ deux kilomètres de piste tape cul qui fait couiner le minibus, nous arrivons à un petit parking ou nous laissons le minibus.

Ne rien laisser derrière soi

Avant de nous élancer, notre guide nous rappelle de ne laisser aucun déchet derrière nous et de rester sur le chemin balisé. En effet des traces laissées dans la cendre volcanique peuvent mettre plusieurs années avant d’être effacées par le vent.

Au fur et à mesure que l’on progresse, le guide nous présente les différents types de lave. Suivant qu’elle soit plus ou moins fluide le sol sera différent. Une coulée de lave peu liquide se déplace lentement. Elle aura tendance à former des blocs de taille et de forme irrégulière, coupante, rendant le passage et la culture difficile voire impossible. A Lanzarote on parle alors de « Malpais » ou « mauvais pays ». A contrario une lave relativement fluide va se déplacer plus rapidement ; au niveau du sol c’est généralement plus plat avec des vaguelettes. C’est également dans cette lave plus fluide que se forment généralement les tunnels de lave ; comme on peut en observer à la Cuevas de los Verdes.

Un tube volcanique dans le parc national de Timanfaya .
Un tube volcanique dans le parc national de Timanfaya .

En l’absence presque totale d’arbres et de sol meuble dans lequel creuser, ces tunnels de lave servent de refuges aux animaux ; que ce soit les oiseaux ou les lapins.

La vie est bien présente

Vu de loin, la vie à l’air absente de ces étendues volcaniques. Mais si l’on observe de plus près on peut voir de toutes petites plantes, des lichens, … Le guide nous explique que les plantes ne sont généralement pas de couleur verte, mais plutôt de couleur claire. Cela leur permet de limiter l’évaporation de l’eau. Par contre dès que des précipitations font leur apparition ou que l’air est plus humide, les plantes vont commencer à se colorer.

des enclos de pierre entourent des arbres fruitiers dans le parc national de Timanfaya .
des enclos de pierre (zocos) entourent des arbres fruitiers dans le parc national de Timanfaya .

Lors des éruptions de 1830 on estime qu’un tiers de la superficie de l’île a été recouverte de lave et de cendres. Les parois des volcans plus anciens ont été couvertes de cendres volcanique. Cette cendre fertile a été utilisée par les agriculteurs locaux pour planter des arbres fruitiers. Actuellement on voit encore des zocos, ces enclos de pierre, avec des arbres fruitiers. C’est étonnant, mais j’ai appris que certains propriétaires possèdent toujours le droit de cultiver ces terres, mais comme c’est un travail manuel et pénible ; ils sont peu nombreux à le faire réellement.

Des figues poussent dans le parc national de Timanfaya .
Des figues poussent dans le parc national de Timanfaya .

Ces arbres fruitiers, souvent des figuiers ne grandissent pas et sont de faible hauteur. Le manque d’eau limite leur croissance, mais ils portent quand même des fruits, souvent plus sucrés que la moyenne. Un peu plus loin le guide pointe une construction en pierre (voir ci-dessous) et nous demande ce que c’est. Il s’agit en fait d’un séchoir à figues.

Cette construction de pierre qui se trouve dans le parc national de Timanfya est un séchoir à figues.
Cette construction de pierre qui se trouve dans le parc national de Timanfaya est un séchoir à figues.

Sa conception avec des pierres permet à l’air de passer tout autour du fruit ce qui fait qu’il n’est pas nécessaire de le retourner. Il suffit de placer les fruits dessus, de laisser sécher quelques jours et de venir récupérer les fruits.

Un peu de pluie et la vie reprend

Alors que les figues mûrissent en juin / juillet cette année des précipitations en octobre font que la nature a recommencé un cycle. En novembre lors de notre passage de nouveaux fruits sont en train de pousser.

Les pluies de début octobre dans le parc national de Timanfya permettent aux figuiers de porter des fruits pour la deuxième fois de l'année.
Les pluies de début octobre dans le parc national de Timanfaya permettent aux figuiers de porter des fruits pour la deuxième fois de l’année.

À un moment le sentier jusque-là principalement couvert de rofé ces gravillons volcaniques passe sur une plaque de lave relativement plate et lisse. Le guide nous dit de ne pas bouger et saute en l’air. Lorsqu’il touche à nouveau le sol on sent celui-ci vibrer. Nous sommes en fait au-dessus d’un tunnel volcanique. Notre guide nous met alors en garde lorsqu’on se promène sur l’île et que l’on s’aventure en dehors des sentiers balisés. La voûte de certains tunnels volcaniques pourrait ne pas résister à notre poids et s’effondrer.

Lors de cette randonnée j’ai également appris que les reflets que l’on peut voir sur certaines roches était liée à la composition des gaz. Bleue en cas de présence de dioxyde de cobalt ou jaune en cas de dioxyde de soufre.

Certaines roches du parc national de Timanfaya doivent leur couleur aux gaz présents lors de l'éruption.
Certaines roches du parc national de Timanfaya doivent leur couleur aux gaz présents lors de l’éruption.

Bombes volcaniques

Les volcans de Timanfaya ne sont pas considérés comme des volcans explosifs. En effet les bombes volcaniques qu’ils ont projetés sont retombées à un maximum d’une vingtaine de kilomètres de distance. L’une des plus grosses que l’on peut voir à Lanzarote se trouve près de la montana Colorada.

Montana Colorada et bombe volcanique à Lanzarote.
Montana Colorada et bombe volcanique à Lanzarote.

Les vrais volcans explosifs peuvent quant à eux envoyer des projectiles jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres de distance.

Énergie géothermique

Arrivés presque au terme de notre balade nous voyons finalement le cratère du volcan de Tremesana qui donne son nom à cette randonnée. Le fait que quelques nuages couvrent la zone nous permet d’apercevoir à gauche du chemin des vaguelettes de chaleur s’échappant du sol. Notre guide nous explique qu’une nouvelle étude est en cours dans le parc pour voir s’il serait possible d’utiliser l’énergie géothermique pour produire de l’électricité. Pareille étude a déjà été réalisée il y a plus de 10 ans et s’était révélée négative ; mais de nouveaux éléments laissent penser qu’il existe une poche de lave qui est en communication avec le noyau terrestre. Si cela se confirme, Lanzarote pourrait alors tirer de l’énergie des forces qui ont créé et façonné l’île. Cela serait un énorme progrès, car il faut savoir que la plus grande partie de l’électricité produite à Lanzarote est d’origine thermique par des centrales au fuel. Ce qui est loin d’être écologique et oblige l’île à importer de grandes quantités de fuel.

Quelques centaines de mètres plus loin nous récupérons le minibus de l’autre groupe et faisons route vers l’église de Yaiza. Comme il est un peu plus de midi quand on arrive, j’en profite pour aller manger un petit morceau au « Bar Stop » de l’autre côté de la rue. Un petit bar sympa fréquenté par les locaux ; on y mange et boit correctement à des prix très abordables.

Le Bar Stop est un petit bar tapas sympa situé à Yaiza près de l’église

Dernière modification le

Envie de laisser un commentaire ?